Les limites de la robotique humanoïde

  1. Les limites techniques.

Les robots humanoïdes peuvent se rendre utiles  dans des domaines tels que la science, l’éducation et l’aide individuelle à la personne. Mais pour être réellement efficaces ils doivent être parfaitement fonctionnels et donc sans défauts pour que le moins d’imprévu puisse survenir. Leur élaboration nécessite donc une technologie avancée.

Les avancées technologiques du XXIème siècle bien que conséquentes, restent limitées.

Prenons par exemple l’autonomie des robots. Même les robots les plus perfectionnés ont une autonomie limitée. ASIMO, le robot mondialement connu de la société Honda, possède une autonomie d’environ une heure, alors que son imposante batterie est contenue dans un sac à dos . La batterie du robot d’Aldebaran Robotics, NAO lui permet une autonomie d’environ deux heures et quart. Si ces robots doivent être utilisés dans la recherche ou pour l’aide aux personnes, ces batteries s’avèreraient rapidement insuffisantes. Les développeurs cherchent donc à accroitre leurs capacités.

Selon un cadre supérieur d’Aldebaran Robotics, les limites techniques sont cependant secondaires. Selon lui, dans 10 ans, la majorité des solutions à nos problèmes actuels auront été trouvées. La robotique a donc seulement besoin de temps pour dépasser ces limites techniques.

ASIMO, chef d’orchestre. ASIMO est considéré comme le robot humanoïde le plus perfectionné.

En fait, pour les scientifiques, la limite technique la plus importante réside, non dans l’intelligence artificielle, mais essentiellement dans les problèmes d’adaptation du robot à son environnement. Les fonctionnalités du robot doivent être valables dans tous les environnements. Ce sont souvent les capacités les plus simples qui sont difficiles à adapter. Par exemple les capteurs permettant au robot de se déplacer peuvent ne pas être assez performants.

La dernière limite technique concerne la fiabilité du robot. En effet, un robot, comme toute machine, ne peut pas être fiable à 100%. La cause principale est celle déjà évoquée du manque d’adaptabilité à son environnement. Par exemple NAO a un système lui permettant de suivre du regard un objet. Cependant, s’il doit suivre du regard une balle rouge et que cette balle se présente à contre jour, la perception de couleur se modifie et NAO pense que la balle est verte. Il la quitte donc du regard et recherche une autre balle rouge ! Cette absence de fiabilité rend impossible le fait de confier actuellement une tâche importante à un robot, où l’erreur serait fatale.

Il est très probable que  ces limites ne seront plus un problème dans quelques années. Le robot pourra donc jouer des rôles plus importants dans notre vie quotidienne.

2.  Les limites psychologiques.

L’homme et l’humanoïde peuvent-ils travailler l’un avec l’autre? Si le robot humanoïde doit révolutionner notre quotidien, il doit exister une relation de confiance entre l’homme et le robot. Cette confiance est d’abord influencée par l’aspect physique du robot, et tout particulièrement du celui du robot humanoïde.

La théorie du roboticien japonais Masahiro Mori, en 1970, permet de comprendre les réactions humaines face à la robotique humanoïde. Il parle de « vallée dérangeante ». C’est une réaction psychologique d’un humain devant certains robots humanoïdes.

Plus le robot semble similaire à la race humaine, plus les imperfections paraissent monstrueuses. Selon Mori, un homme est donc plus à l’aise face à un robot clairement artificiel que devant un robot qui serait doté d’une peau et d’un visage pouvant le faire passer pour un humain.

La théorie comporte cependant le fait qu’un robot humanoïde serait beaucoup mieux accepté, si il est possible de passer un certain niveau de perfection dans l’imitation des détails,. C’est pour illustrer sa théorie que Masahiro Mori utilise le terme de vallée dérangeante. Cette vallée se trouve donc entre les robots suffisamment différents de l’homme pour ne pas effrayer, et les robots suffisamment humanoïdes pour laisser indifférents.

Mais même si certains robots humanoïdes se situent en dehors de la vallée dérangeante, certains peuvent continuer à se sentir mal à l’aise devant ses hommes trop bien copiés. Tout particulièrement les individus souffrant d’une psychose paranoïaque. Dans ce cas, la rencontre avec des robots pourrait entrâiner des réactions de rejet avec le souhait de vivre en dehors de la société, de peur que  leur entourage n’ait été remplacé par une armada de robots.

Ces réactions peuvent être stimulées par la cinématographie ou la littérature. En effet les studios hollywoodiens ont utilisé à plusieurs reprises le sujet de la robotique humanoïde, comme par exemple dans le film Terminator. Dans ce film, un robot humanoïde interprété par Arnold Schwarzenegger  est envoyé dans le passé pour commettre un assassinat. Ce robot est sans pitié et il est doté d’une force et d’une intelligence surdéveloppée. Ces films, tournés vers le grand public, ne facilitent pas l’entrée des robots humanoïdes dans la vie quotidienne.

Le robot humanoïde du début du XXIème siècle est polyvalent. Il peut donc effectuer toutes sortes de tâches répétitives sans se poser la moindre question. Un robot commercialisé pour le grand public pourra donc se rendre utile, auprès des personnes âgées ou dépendantes, pour des tâches ménagères par exemple. Les développeurs souhaitent améliorer les fonctionnalités et tout particulièrement celle du rangement d’une pièce. Dans un cadre familial il pourra donc ranger la chambre des enfants alors que cette corvée fait partie du processus d’éducation de l’enfant. Le robot n’est donc pas encore programmé pour être un éducateur.

De plus, des parents possédant un robot pourraient ne plus se charger de certains devoirs en les laissant réaliser par le robot. Ainsi grâce aux nouvelles technologies, le robot est susceptible de lire, chaque soir, une histoire aux enfants pour les endormir supprimant ainsi le caractère relationnel et la tendresse du câlin du soir… Qu’en serait-il d’un robot enfant qui se trouvait confronté à un véritable enfant comme dans le film Artificial Intelligence de Steven Spielberg.

Si la robotique doit révolutionner notre quotidien, il faut donc instaurer des lois qui doivent régir le comportement des robots.

3.  Les limites éthiques

Les questions posées resteront longtemps ouvertes : faut-il définir une éthique des robots ? Et quelles chances avons-nous d’y parvenir ?

Isaac Asimov a tenté de répondre à cette question. Il élabora des règles en 1942 dans une nouvelle Runaround, du Cycle des robots sous la forme des Trois Lois de la Robotique.

Selon Asimov, ces lois sont extrêmement importantes car, à son époque, les robots étaient classés dans la même catégorie que le personnage créé par le Docteur Frankenstein dans le roman de Mary Shelley. C’est pour changer cet a priori sur les robots qu’il a créé ces lois. L’auteur ne tolère aucune infraction. Il a d’ailleurs quitté la salle de projection du film de Stanley Kubrick 2001 : L’odyssée de l’espace, qui ne respectait pas une de ces lois ! Le robot HAL place alors sa mission avant la survie de l’équipage humain.

Après quelques années, Asimov écrivit Face aux Feux du Soleil. Dans cette nouvelle il explique que les lois qu’il avait proposé sont incomplètes car un robot peut blesser un être humain sans s’en rendre compte. Pour illustrer ses propos, il utilise l’exemple suivant : « un robot met du poison dans un verre de lait, car on lui a dit que ce lait sera jeté plus tard. Un second robot sert le lait à un homme, ne sachant pas qu’il est empoisonné » le robot n’est donc pas coupable de cette mort. Cette loi sera donc changée en : « Un robot ne doit pas blesser un être humain.»  Puis finalement en : « Un robot ne peut nuire à l’humanité ni, en restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal. ».

Roger Clarke expliquera plus tard que ces lois ne restent possibles que dans le domaine littéraire. Il dit « Il n’est pas possible de limiter de manière fiable le comportement des robots en concevant et en appliquant un ensemble de règles ».

Les lois inventées par Asimov ainsi discréditées, le robot redevient donc menaçant envers la population.

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